La voiture qui sauve les jeunes

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On avait rendez-vous, mon collègue Don Simpson et moi, à l’École secondaire catholique de Plantagenet, un mardi soir après la fin des classes pour rencontrer Marc et Josée Lalonde.  En arrivant de par la rue, on pouvait facilement reconnaître l’école, mais en arrivant dans le stationnement, nous avons rapidement trouvé quelque chose de familier : La Toyota Pro-Stock #8 y était garée.

 

Marc et Josée Lalonde

À l’intérieur, on est accueilli par Josée, puis Marc, qui mènent le projet de la voiture #8 de mains de maîtres, un projet où Marc pilote et les élèves sont ses équipiers, avant, pendant et après les courses.  De loin, je vois des jeunes s’appliquer à peindre un châssis.  J’en aperçois même deux que je connais.

 

 

 

 

 

La majorité du local constitue un garage pour la mécanique.  On retrouve de châssis de voitures Pro-Stock, mais aussi, une voiture de rue, bien installée en haut d’un pont élévateur.  À l’arrière se trouve une classe avec pupitres.  C’est là que je m’installe pour parler à Josée et Marc.

 

On commence à jaser, et je réalise que malgré le succès de ce projet, le tout aurait bien pu s’arrêter dû à la pandémie dans laquelle nous sommes plongés.  Le recrutement serait plus difficile à faire cette année, mais Marc et Josée ont ce projet a cœur et n’ont pas baissé les bras.  Ils ont envoyé des messages aux jeunes pour leur faire part de l’existence du projet.  En même temps, on leur demandait leur avis : Voulez-vous en faire partie?  Les jeunes ont répondu à l’appel.  34 nouveaux ont dit oui…. Des jeunes de 14 à 18 ans.

 

Le projet de la voiture #8 est d’abord une activité parascolaire, mais la direction d’école et le conseil scolaire acceptent avec joie que l’enseignant l’intègre à son curriculum et ce, au bonheur des élèves.  Le recrutement se fait dès la 9e année parmi tous les élèves de l’école.  Lorsque je demande alors quels sont les pré-requis, Marc (qui jusque-là laissait Josée répondre due à une extinction de voix) s’empresse de répondre.  « Tous les jeunes sont les bienvenus.  La seule exigence, c’est le respect. »  En discutant plus, Marc et Josée me disent même qu’il y a déjà eu des élèves autistes dans l’équipe.

 

Je vois vite en effet que le respect est primordial.  Josée enchaîne en m’expliquant que le nombre de filles inscrites au programme a monté en flèche au cours des dernières années, et c’était essentiel que les filles soient traitées sur une parfaite égalité avec les garçons.    J’apprends même que deux filles ayant participé au programme dans le passé travaillent aujourd’hui en mécanique.

 

Une des choses qui est bénéfique au recrutement est l’effet d’entraînement et de mentorat, où les plus jeunes voient des plus vieux y participer et ont envie de suivre leurs traces.  Cela se produit aussi à l’intérieur même des familles.  Un élève me dit être le 3e de sa famille à y participer.  Une mère dont le fils fait partie du programme me dit que sa jeune fille suit la famille aux courses depuis que son frère est impliqué.  Lorsqu’elle aura l’âge requis pour être éligible, il n’y a aucun doute qu’elle va suivre ses traces…

 

Marc Lalonde

Un aspect important qui peut passer inaperçu est le côté logistique.  Les élèves doivent se rendre sur place sur une base régulière aux pistes de Cornwall, Drummondville et Mohawk Raceway.  De plus, l’équipe va aussi quelquefois aux pistes de Granby, Can-Am, Brockville et RPM, en plus d’autres pistes présentant le championnat DirtCar Pro-Stock.   Les parents  doivent donc servir de conducteur pour chaque course afin d’emmener les jeunes à destination.

 

 

 

On sait tous qu’avoir une équipe de course coûte de l’argent, qui soit dit en passant, doit venir de l’équipe et non du budget de l’école.  Encore une fois, la pandémie a coûté cher.  Certains commanditaires de l’équipe étaient des petits commerçants locaux.  Pour eux, commanditer n’est plus viable car leur budget entier est consacré à leur survie.  De plus, une partie majeure du budget venait traditionnellement d’un souper spaghetti organisé comme levée de fonds.  Encore une fois, les circonstances actuelles rendent cela impossible pour le moment.  On craint de devoir couper quelque part.  Des commanditaires additionnels, sur la voiture, la remorque, ou même juste des donateurs anonymes, seraient bienvenus.

 

Les tâches données aux élèves sont en fonction des besoins.  À l’atelier, ils font de tout, allant de la peinture, à l’assemblage, l’installation de carrosserie, la coupe de tuyaux, les changements d’huile, l’installation de pare-chocs, etc…

 

Les jeunes, qui étaient jusque là à peindre un châssis, obtiennent maintenant une pause de travail bien méritée afin de venir nous rejoindre.

 

Je demande aux jeunes pourquoi ils ont choisi de participer à ce projet.  Les réponses varient, du sentiment d’appartenance, à vouloir suivre ce que leurs frères et sœurs ont fait avant eux.  Certains ont même touché à la mécanique avant, venant des domaines comme la ferme et le camionnage.  Bien sûr, il y a des différences entre ces types de mécanique, mais ça se regroupe.  Et la mécanique d’une voiture de course est plus simple que celle d’un 18 roue.  Les jeunes disent que ce qu’ils apprennent ici est utile dans leurs domaines respectifs.  Plusieurs ont le courage de me faire des confidences où ils admettent avoir eu des difficultés diverses à l’école.  Pour certains, c’était relié à la performance scolaire.  Pour d’autres, c’était le fait de se retrouver continuellement « dans le trouble. »  Les tabous n’existent plus dans cette conversation car chacun se comprend.  Dans certains cas, c’est même la direction qui approche Marc et Josée:  « Cet élève se dirige dans le mauvais chemin.  Vous pourriez peut-être l’aider… »

 

Les performances scolaires s’améliorent habituellement une fois dans le programme, car les élèves me disent qu’il faut être bon pour y rester.  Quand je demande à Josée quelle est la note requise, elle m’explique la réalité:  Ce n’est pas une question de notes.  Si l’élève essaie et donne son 100%, c’est ce qui compte.  Quand je lui demande si c’est compliqué de rejoindre chaque prof pour avoir les informations sur chaque élève, elle m’explique que cela se fait habituellement en sens inverse.  Quand un élève du programme devient un cas problème dans un cours, le prof en question trouve rapidement Marc et Josée!  Certains élèves présents se reconnaissent et admettent avoir figuré parmi ces cas, mais ne voulant pas quitter le programme, ils ont rapidement changé leur façon de faire dans les cours en question.

 

Une chose qui revient également souvent.  Personne ici ne perçoit Marc et Josée comme membre du personnel scolaire.  Certains les voient comme de la famille, d’autres comme des amis.  À force de passer autant de soirées aux courses ensemble, un lien se tisse.

 

Parmi les jeunes rassemblés, il y a  des nouveaux et des anciens.  Les anciens me disent tous qu’ils vont définitivement revenir une fois leur secondaire terminé.  Chez les nouveaux, il y a à la fois des amateurs de courses ayant déjà assisté à des programmes sur place, que des néophytes n’ayant jamais mis les pieds sur une piste.  Mais la motivation et le dévouement envers l’équipe sont les mêmes chez tout le monde.

 

 

Je continue à écouter les témoignages et je trouve ça beau.  J’entends certains me dire, avec émotion dans la voix, à quel point dans ce projet il y a toujours quelqu’un pour les aider.  L’entraide est omniprésente.  Même avec les autres équipes.  La communauté Pro-Stock est tissée serrée.  Les jeunes me mentionnent entre autres un bon esprit d’entraide avec des compétiteurs tels que James Clarke, Rock Aubin et Éric Jean-Louis.

 

Chose certaine, quand je demande aux jeunes, dont la majorité n’aimaient pas particulièrement l’école avant de se joindre au projet, s’ils sont plus motivés de venir à l’école en sachant qu’ils peuvent participer au projet, la réponse est un gros OUI en chœur.

 

Quand je demande de me décrire le travail d’un week-end de courses, on m’explique que le travail est en fonction des résultats.  Par exemple, la charge est plus grande si Marc a des ennuis en piste, car cela créer un besoin pour des réparations.  Si Marc a une course parfaite, les élèves n’ont qu’à regarder la course et s’amuser!

 

Un aspect intéressant des courses est l’impact majeur sur le réseautage.  Par exemple, un élève est actuellement en stage en chauffage et climatisation pour l’entreprise d’Éric Jean-Louis.  Il a connu Éric par les courses.

 

Un élève mentionne aussi avoir gagné une estime de soi qu’il n’avait pas avant.  Il dit avoir trouvé sa place ici.  Josée ajoute même que celui-ci a commencé à prendre de l’assurance et à prendre la parole dans le groupe cette année, alors qu’il se retenait avant.  Sa mère, qui participe à l’entrevue, admet même avoir acheté un véhicule motorisé pour suivre les courses partout en famille.

 

Il n’y a aucun doute que cette expérience est avantageuse pour la carrière future.  Un élève m’explique avec enthousiasme ses plans pour aller étudier en mécanique dans le programme camions et autocars, à Sudbury.  En gros, on peut dire que l’équipe #8 permet d’initier à des carrières de soudeurs, mécaniciens et ferblantiers.

 

Et bien que Marc et Josée fassent des sacrifices pour le programme, tout doute à savoir si cela vaut la peine est repoussé en voyant l’étudiant obtenir son diplôme.

 

La mère qui est présente enchaîne en disant que Marc et Josée ont réellement sauvé plusieurs jeunes.  Elle raconte en avoir vu plusieurs, dont son fils, se diriger dans le mauvais chemin avant de retrouver la bonne voie grâce à Marc et Josée.  Ou seraient ces jeunes sans eux aujourd’hui?

 

En conclusion, on peut dire que Marc et Josée sont de véritables modèles qui méritent d’être reconnus.  Ce qu’ils font est remarquable, et ne comptent pas leurs heures.  Comme résume bien Josée « Marc est là pour la passion, pas pour la pension! »

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